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Hôpital Auxiliaire 73

Hôpital Auxiliaire 73

Création théâtrale


La Place de l'Autre en 14

Publié par Philippe Eretzian sur 15 Novembre 2014, 14:06pm

Catégories : #Ecriture

Dans une France très patriote, fière de son empire colonial, de sa mission civilisatrice et sûre des raisons morales qui la poussent à se battre contre l'Allemagne, je me suis interrogé sur la place que tenait "l'étranger" dans la société française de 1914 et plus particulièrement dans notre hôpital. J'étais curieux d'observer le regard que l'on pouvait porter sur l'Autre, celui ou celle qui n'est pas d'ici. Dans ces temps de crise économique et de repli identitaire que nous connaissons, j'ai trouvé intéressant d'observer les leçons que nous pouvions en tirer pour nous-mêmes et de l' écho que cela pouvait avoir cent ans plus tard.

J'ai retenu dans la pièce un certain nombre de personnages de cultures ou d'origines différentes qui apparaissent dans la correspondance de Madeleine. La première surprise dans mes recherches fut de constater que l'artiste était polyglotte. Elle entretenait notamment des relations épistolaires en langue allemande avec la famille Roederstein, elle recevait du courrier en anglais de son amie Winifred Stephens ou en italien d'une jeune modèle. La société qui entoure les soeurs Smith est très cosmopolite, d'autant plus dans cette période de troubles. Cela devait transparaître dans la pièce.

Miss Stephens fait partie de ces personnages qui ont tout de suite attiré mon attention. Personnage loufoque et volontaire, nous la croiserons dans plusieurs scènes. Herminia, jeune femme pauvre, d'origine italienne sera aussi présente dans la pièce. Madame Kebers, dame belge, réfugiée à Paris chez les soeurs Smith sera aussi un personnage important de la pièce.

L'intérêt pour les cultures arabo-musulmanes (ou "mahométanes" : expression employée dans sa correspondance pour désigner les musulmans) est réel et à maintes reprises Madeleine décrit ses souvenirs de voyages avec son mari au Moyen-Orient.

Ainsi elle évoque à plusieurs reprises la présence de soldats venant du Maghreb ou d'Afrique. Le regard qu'elle porte sur ses soldats venus "d'ailleurs" est empreint d'humanité. Elle prend soin d'eux au même titre que les soldats Français leur trouvant beaucoup de courage et de témérité de se battre aux côtés de nos poilus.

Un personnage parmi eux m'a plus touché que les autres car elle y prête une attention particulière. Tout d'abord sa convalescence dans l'hôpital dure bien plus longtemps que celle des autres soldats ce qui signifie qu'elle a cherché à le retenir dans l'hôpital, à le protéger d'un retour trop prématuré sur les lignes de front. Parlant à peine le Français, elle semble touchée par ce garçon qui remplit de joie tout l'hôpital. Ensuite, fascinée par sa beauté et son étrangeté, ce tirailleur tunisien devient pour elle un sujet d'étude et elle le prend pour modèle. Un de ses croquis sera repris dans une des oeuvres de son amie anglaise Winifred Stephens Whale dans "The book of France" pour illustrer la situation en France. Une amitié indéfectible se noue alors entre Sidi Salah et Madeleine et lorsqu'il faudra le renvoyer au dépôt, elle lui promet de venir lui rendre visite avec son mari une fois que la guerre sera finie, à Kairouan, ville tunisienne d'où il est originaire.

Sidi Salah Ben Ali, croquis de Madeleine Smith repris dans "The book of France" de Winifred Stephens Whale

Sidi Salah Ben Ali, croquis de Madeleine Smith repris dans "The book of France" de Winifred Stephens Whale

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